Les grands studios d’animation : “en route” vers plus de diversité ?

Alors que le nouveau film des studios Dreamworks met en scène Tif, une héroïne afro-américaine, retour sur l’évolution de la diversité chez les personnages animés…

Un drôle de bonhomme violet, une voiture volante, et une adorable petite fille. Depuis quelques semaines, le nouveau long métrage des studios Dreamworks (aujourd’hui en salles), s’affiche dans les couloirs du métro, sur les abribus, les panneaux publicitaires.

Le point commun de ce nouveau film avec ses grands frères ? Son humour ravageur, doublé d’un univers totalement barré. La différence ? Son héroïne principale, qui pour la première fois dans l’histoire de Dreamworks Animation, est afro-américaine.

“Quelle différence cela fait-il ?,” seriez-vous en droit de vous demander ? “Aucune,” pourrions-nous d’ailleurs répondre. Simple détail, en effet, si l’on est simplement en train de regarder l’affiche de En route !. Mais différence majeure, si on la regarde à travers le prisme de l’Histoire de l’animation dans son ensemble.

Si le même film était sorti 50 ou 30 ans plus tôt, il y a fort à parier que la petite Tif (doublée par Rihanna aux Etats-Unis et par Leïla Bekhti en France) aurait eu la peau blanche. En effet, depuis son invention et jusqu’à très récemment, le dessin animé n’a jamais réservé que la seconde place aux personnages de couleur, préférant confier le haut de l’affiche à de caucasiennes princesses.

Premiers pas, premiers stéréotypes

Pour analyser le phénomène dans son ensemble, il faut revenir aux balbutiements de l’animation, et aux cartoons des années 30 et 40 qui, fidèles aux mentalités qui avaient souvent cours dans la société américaine de l’époque, faisaient fréquemment preuve d’un indicible racisme.

C’est ainsi que dans certains courts métrages de Tex Avery, de Friz Freleng ou de Chuck Jones, les personnages afro-américains pouvaient être représentés de façon humiliante et caricaturale à outrance, campant des domestiques ou des vagabonds, et parlant avec un accent à couper au couteau.

Bugs Bunny, Betty Boop et autres Droopey se sont plus souvent qu’à leur tour rendus complices de cette discrimination. Si bien qu’en 1968, soit 4 ans après le Civil Right Act, les plus racistes de ces cartoons furent purement et simplement interdits, et placés sur la liste dite des “Censored Eleven” (Les 11 censurés).

Du côté du grand écran, les géants Disney qui ne souffraient pas (ou peu) de concurrence à cette époque, réservaient aux aussi la part belle aux personnages blancs, reléguant les autres à des rôles plus que secondaires.

Ainsi, dans Dumbo (1941), les seuls Afro-américains du film étaient des ouvriers sans visage travaillant sous la pluie. Dans la première version de Fantasia (1940), le segment de la Symphonie Pastorale montrait une jeune centaure de couleur nommée Sunflower, totalement caricaturée par rapport aux autres créatures, blanches et sveltes. Ce personnage a d’ailleurs été supprimé du film en 1960.

Blanche-Neige, Cendrillon, Alice, Peter Pan… Tous les premiers héros du studio enchanté semblent ne pas même savoir ce que signifie la notion de “diversité ethnique”. Il faut donc attendre 1967 et Le Livre de la Jungle pour qu’apparaisse le premier (et le seul avant longtemps) protagoniste Disney à ne pas avoir la peau blanche. Le précurseur s’appelle Mowgli, et vit dans les jungles de l’Inde.

Les années 90, un vent de diversité 

Après une période pour le moins compliquée aux studios Disney suite à la mort de l’Oncle Walt, un vent de fraicheur se fait sentir dès le début des années 90. La nouvelle génération d’animateurs est en marche, et ose enfin sortir des sentiers battus. Prise de risque rime avec savoir-faire, et alors que le studio aux grandes oreilles connait un succès sans précédent, il part à la conquête de nouveaux horizons.

Dès 1992, c’est le Moyen-Orient qu’il visite en tapis volant, faisant d’Aladdin son premier héros oriental et de Jasmine la première princesse de cet élan de diversité. Elle sera bientôt suivie par Pocahontas (1995), fille du chef des Powhatans d’Amérique du Nord.

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Autres figures féminines fortes et typées de ces années 90 chez Disney : la gitane Esmeralda, au cœur de l’action du Bossu de Notre-Dame (1996) et la guerrière Mulan, qui défendra héroïquement sa Chine natale contre les Huns (1998).

Peu à peu, d’autres studios d’animation viennent défier la suprématie du royaume enchanté, s’inscrivant à leur tour dans cet élan de diversification. C’est ainsi que Dreamworks Animation met successivement en scène le peuple hébreu de l’Ancien Testament dans Le Prince d’Egypte (1998), les Mayas du XVIème siècle dans La Route d’El Dorado (2000) et les Indiens de l’Ouest américain dans Spirit (2002).

Quant aux studios Pixar, ils font du meilleur ami des Indestructibles l’Afro-Américain Frozone (un super-héros capable de manier la glace et doublé par Samuel L. Jackson), et du compagnon de route de Carl Fredricksen dans Là-haut un jeune scout d’origine asiatique.

Mais même si les cartoons des années 30 sont bien loin derrière, le mouvement reste encore assez timide, il faut bien l’avouer.

En Route !… vers plus de diversité ?

C’est en 2010, alors que sort en salles La Princesse et la Grenouille et que cette dernière s’avance pour rejoindre le cercle très fermé des princesses Disney, que les studios aux grandes oreilles réalisent une avancée majeure, du moins symboliquement.

Car Tiana a la peau noire, et son prince aussi. Le parti pris est fort, puisque l’histoire se base sur un conte de fées traditionnel, volontairement transposé dans la Nouvelle-Orléans. “La Princesse et la Grenouille est unique en ce sens qu’il s’agit du premier conte de fées américain de Disney,” explique le réalisateur John Musker. Rien à voir, d’ailleurs, avec la récente élection du Président Barack Obama, puisque le script du film avait été écrit trois ans plus tôt.

Et pourtant… Le symbole est important. Suffisamment pour que 5 ans plus tard, ce soit au tour des studios Dreamworks de réserver le haut de l’affiche à une petite fille de couleur.

Du haut de ses 12 ans, de sa voiture volante, de ses colonnes Morris, c’est à la petite Tif de venir défendre la diversité dans les films d’animation. Les stéréotypes et les personnages stigmatisés restent encore nombreux, mais l’égalité, on l’espère, est en route !

Faites connaissance avec la petite Tif…

En route ! – EXTRAIT VF "Je peux rentrer dehors ?"

 

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